au début de l’après – Retour sur la draft

Quand j’ai postulé pour la compétition Draft de Poker & Associés, via le Club des Clubs, j’étais loin d’imaginer être en situation d’écrire ces lignes. Si la sélection via mon club était logique (je me battais à ce moment-là pour garder ma première place au classement annuel), celle via le Club des clubs fut une surprise.

L’appréhension.

Maintenant, comment aborder la compétition ? En killer qui épie ce que font les autres ? En dilettante ? En étant pro pour choper le contrat ? En étant toi-même, me dit irisb, ma compagne et joueuse, érudite au très haut niveau d’une autre discipline. Et en toute confiance si possible.

Le plan.

Être moi-même, c’est écrire, construire mon site web autour de la draft, communiquer, faire part de mon aventure avec ceux qui me soutiennent et m’encouragent. Partager, lire, écouter, échanger, toujours plus. Et choisir. Choisir le sérieux, l’enjeu, et ainsi respecter les initiateurs de la compétition ainsi que ceux qui m’ont sélectionnés.

En fait, l’idée était de me faire plaisir, et de faire abstraction du manque de confiance qui me caractérise. De n’avoir peur ni des limites inhabituelles pour mon jeu et ma pauvre BK, ni de l’enjeu et de ses conséquences, ni encore de l’investissement en temps et en énergie, ni, surtout, du fait d’impliquer financièrement des soutiens précieux.

Les packages.

N’étant pas un habitué des moyennes limites, il a fallu que je réfléchisse longuement à la manière de monter mes packages. J’ai opté, plutôt que choisir de la low variance, de m’appuyer sur la structure de la compétition pour explorer différentes formes de jeux et apprendre ainsi à mieux me connaître. L’idée était de savoir quels types de jeu (structure, n-handed, field, room) me convenaient le mieux. L’apprentissage passait par l’écumage. Ça faisait sortir de la stratégie optimale liée au profil de la compétition, mais j’étais prêt à assumer ce choix.

Les contrariétés au service du je.

Au-delà du jeu et de la technique, il y a l’aspect physiologique et mental. Physiologique d’abord puisqu’un virus grippal m’a plombé du 14 décembre à début janvier. On connait meilleures dispositions pour jouer dans la zone….

J’ai par ailleurs été très affecté par des événements extérieurs qui m’ont beaucoup perturbé. Il a fallu que j’apprenne, au fil de la draft, à les appréhender, les comprendre, les encaisser, et finalement faire avec, tout en construisant une bulle poker solide. C’est en fait finalement un mal pour un bien : plus les éléments extérieurs contrarient ou perturbent, plus il faut être capable de s’en protéger et consolider les barrières mentales autour de son jeu (de son je). Ça fait aussi partie de l’apprentissage. Car comme dit la chanson On n’arrive à rien tout seul, faut toujours quelqu’un pour t’en empêcher.

Le parcours.

couvpoker52Irisb a passé un mois et demi à me coacher mentalement justement pour réussir à obtenir de moi une attitude professionnelle dans l’appréhension des tournois et de l’enjeu ainsi que dans l’évacuation des conséquences d’une éventuelle victoire. J’ai été beaucoup balancé entre les soucis, l’enjeu et l’envie de simplement m’amuser et profiter. Tout en rêvant au contrat. J’ai voulu me convaincre que tout ceci n’était qu’un jeu au lieu de le considérer pour ce que ça s’est avéré être : un tremplin. Je me suis donc mis une énorme pression dans un état d’esprit de gros chanceux d’être là, presque en possible vainqueur-imposteur… tout en essayant de me convaincre que ce n’était qu’un loisir. Mais au fil des semaines, et j’ai pu en voir le résultat dans l’ultime ligne droite,  je suis parvenu à trouver la bonne approche :

Le but de cette aventure n’est pas l’obtention du contrat à proprement parler. Le but  de cette aventure consiste à être en mesure de remplir toutes les conditions qui permettent un joueur de poker de signer un tel contrat.

Et je crois que l’objectif est atteint. Que je sois finaliste ou non, je sais désormais précisément où j’en suis techniquement et mentalement. Enfin tu es toi, m’a dit irisb à l’entame de la dernière semaine. Je sais où j’en suis dans mon jeu ET dans mon je. Et je sais à quel point la route est infinie, et je crois que c’est ça qui me plaît le plus. Il n’y pas d’objectif de niveau de jeu, il y a le souhait d’apprendre encore et toujours sur et autour de cette activité qui relève pour moi de la passion pure. L’apprentissage est infini, mon désir de progresser aussi. Dans tous les aspects du poker et tous les recoins de mon cerveau (cerveau qui a tendance à s’ennuyer dans la satisfaction et la certitude).

Les leçons.

Les leçons sur la draft sont nombreuses. Pour la compétition pure, j’ai peut-être mal choisi certains tournois, notamment le dernier Meteor pour lequel je n’étais pas prêt. Un Galaxy eut été plus judicieux. Je pourrais aussi regretter un move à la bulle du tournoi de Perros Guirec mais je pense que ce move était Ev+ et c’était ma ligne de conduite sur une compétition au volume somme toute limité. Pas mal de petits moves qui pourraient me donner bien des regrets si je reste result oriented. Donc non. Pas de regret.

Une leçon archi-positive quand même, histoire de brag un peu : j’ai été capable de réaliser un call hauteur As alors qu’on me demande mon tapis à 50 left d’un Tea Time où je finirai 5ème. C’est la première fois que je fais à ce point confiance en ma lecture en faisant fi de l’enjeu. Il s’agit là du plus gros palier mental franchi lors de ces dernières semaines. J’ai aussi beaucoup travaillé mes lines et mes sizings, même si je sais avoir encore beaucoup de lacunes. Mais là encore, je sais où j’en suis et je sais où sont les principaux leaks qui empêchent ma chenille d’avancer. En attendant impatiemment de découvrir et corriger les suivants. Et les suivants, et les suivants.

Les remerciements.

Cette aventure a mobilisé du monde et je me dois quelques remerciements non exhaustifs. A irisb évidemment, ma joueuse chérie à qui je dois tout. Les amis qui se reconnaitront, quand ils ont glissé un chèque dans ma poche pour que je gère leur soutien financier (je crois que ce fut le geste de soutien et d’affection qui m’a le plus ému). Les investisseurs qui ont cru en moi (le dernier package s’est vendu en deux ou trois heures à peine et ça frappait au portillon), les copains conseils sur le jeu, dont un se reconnaîtra aussi, la famille qui se demande sur quelle planète je suis barré, à mon autre coach mental dont c’est le métier. Les copains du gang winamax The lion et celles et ceux avec qui j’ai pu discuter et échanger en ligne depuis un mois et demi. A Jean-Marc, alias Co, mon premier supporter (chronologiquement parlant), qui me croque en situation pour illustrer de son talent ce site. Talent qui mériterait de rayonner sur bien d’autres supports. Je dois énormément à Co depuis mes premiers centimes gagnés et même avant, lui qui sait à quel point le poker est important dans tous les instants de ma vie.

mariage

La suite.

J’ai réussi ma draft. Perdu ou gagné ? je ne sais toujours pas. Mais j’ai réussi : je suis aujourd’hui en mesure de signer un tel contrat si on me le pose sur la table. En mesure de l’assumer tant sur le travail à fournir qu’en investissement en temps et énergie que cela impliquerait.

Alors la suite ? Cela dépendra du résultat de la compétition en elle-même. Mais je vais désormais transformer cette période d’essai que je pense concluante. Reste à en définir les modalités. Continuer les packages P&A ? Grinder sur les rooms online ? Investir dans des séjours live avec irisb ? On va laisser le temps à la réflexion, à l’attente des résultats, et je crois que comme d’habitude, on va se laisser porter par les événements et suivre une belle étoile qui brille sur Krec’h Goulifern depuis bientôt un an. Et puis il ne faut pas oublier l’essentiel :

boueered

janvier 31, 2016