Une belle surprise m’attendait au cours de ces trois jours à Bruxelles en guise de cadeau d’anniversaire. Une surprise au sens premier du terme : je n’ai su qu’une heure avant son début que je participais à un satellite qualificatif pour le WPTnational Summer de Bruxelles qui aura lieu du 18 au 20 juillet. Un mélange de joie et d’appréhension : moi ? Dans cette cour là ? Mais pas le temps de gamberger, me voilà embarqué dans le tournoi.

Structure turbo : rounds de 20 minutes, rebuy illimités pendant 4 rounds, stack de 2500 jetons (blinds 25/50) et add on possible à 6000 jetons à la pause. Mon cadeau contient une cave. Je m’autorise (pas de raison que je ne me fasse pas plaisir dans ce contexte) l’add on et éventuellement une recave si je me sens super bien et que je veux faire durer le plaisir malgré une potentielle horreur.

Ça parle flamand, anglais et roumain à la table. Un peu français aussi. Mais pas breton. Et ça s’enflamme pour monter du stack, ça rebuy à tout va, les billets de 50 volent, ça paye hauteur valet, ça boîte Jx7x. C’est n’importe quoi. Pour ma part, j’observe et je joue ma première main assez vite, en relançant utg AxQx payé une fois seulement à ma gauche par le joueur que je crains le plus à la table, ce qui est déjà bien. Flop 8x4xAx. Je cbet à 350 et suis payé instacall. Turn 8x. Je check, il envoie 500, j’instacall à mon tour surtout pour l’observer : il a l’air surpris mais content. Cette doublante pue donc un peu. Il me reste comme à lui 1500 jetons. Il envoie sa boîte avant son tour de parole, et je prends un peu de temps pour essayer de comprendre son faux move qui ne me semble pas fortuit. J’hésite à envoyer pensant qu’il cherchait à m’intimider pour ne pas que je mise. Ou alors, il simule l’arrachage pour justement me faire envoyer alors qu’il est nutsé. J’opte avec prudence pour cette possibilité et décide d’abandonner le coup en checkant, la doublante pue trop. Il fait tapis, je fold et il montre un 8x me donnant certes raison, mais un peu à poil. Je pars alors dans l’objectif d’attendre les spots jusqu’à la pause et l’add-on. Je sens que ce type de tournoi constitue plus une lutte de move qu’un poker post flop. J’observe les joueurs, leurs mimiques, leurs attitudes, leurs moves de mutants, et j’en profite pour apprendre quelques mots en roumain et en flamand. Il me paraît alors évident que beaucoup d’infos totalement incompréhensibles pour moi circulent sans complexe autour de la table. Mais je me plais bien, la table est belle, on a un croupier, le cadre est sympa, avec des affichages WPT partout, des écrans, des fauteuils confortables. On s’y croirait. D’ailleurs on y est.

Je passe quelques moves en survie sans montrer, puis j’ouvre JsJd à deux minutes de l’add-on, j’ai environ 2800 jetons. Idéal pour plus que doubler à ce moment. Trois limpeurs, je boîte. Le type que je crains le plus hésite, il est en rush, il vient de faire un carré de 8x et un brelan de Kx flopé qui l’ont fait monter énormément de jetons. C’est sa troisième belle main d’affilée. Comme il hésite, je sais que je suis devant et je veux être payé. Il paye en montrant 9h9s. Parfait. Enfin, parfait jusqu’à la turn car le 4ème cœur river m’anéantit. C’est sans hésiter que je répare l’injustice en sortant à mon tour la cave nécessaire pour rester autour d’une table qui ne me fait absolument pas peur, j’attends impatiemment les add-on pour jouer vraiment.

J’entre donc dans le freezeout avec 8500 jetons en blinds 150/300 ante 25. Pas de quoi pavoiser mais curieux de voir comment les fous de la recave qui jetaient leurs jetons au milieu en rigolant c’est pas sous c’est plastique vont se comporter. J’ai hâte de voir le plastic du casino jouer au plastic corse et les faire sauter un à un.

C’est d’ailleurs très vite ce qu’il se passe et le field restant diminue peu à peu. Pour ma part je fais fi du contexte, du nombre de tickets, et reste hyper concentré sur les situations et les spots. Et je prends un plaisir fou. Un moment, j’ouvre Ax8x en small blind. Il y a 6 limpeurs (!!). J’hésite à relancer mais je sais que je serai payé par tout et n’importe quoi. Je décide donc de compléter étant certain que la BB checkera, puis de boîter ma vingtaine de blinds si je touche au flop. Je considère que je serai alors payé par d’éventuels tirages chez les gros stacks. Flop idéal 8x5x4x. J’envoie en espérant que personne n’est entré avec 6x7x car les range de limp sont 100% du spectre, sauf les paires supérieures au 9 avec ces limpeurs là. Je suis payé une fois par un gros stack qui me dit ye te pai pour le 6, ye sais toi devant. No souci, il montre Ax7x. Pas d’horreur cette fois.
Je passe ensuite deux trois cbet puis traverse un beau désert. Une paire QxQx me fait tripler en demi et me fait disposer d’un stack suffisant pour passer quelques relances et check-raise post flop qui font folder. Je n’ai montré que de belles mains et dispose d’un crédit certain à la table.

J’atteins alors la table finale sans presque m’en rendre compte et commence sérieusement à me dire que le Graal est possible. Irisb est là, à me dire les mots justes et les gestes précis d’encouragement et de re-concentration nécessaires. Les blinds sont énormes, je suis short mais pas le pire, je pense tenir si je ne fais pas d’erreur et continue à passer de bons spots. C’est jouable. Oui Javapoke, c’est jouable. L’excitation et la fatigue me font perdre un peu mon calme et rester focus devient vraiment difficile. Il y a 5 tickets, et 415€ pour le 6ème. Nous ne sommes plus que 10, puis 9, puis 8. Le gros stack de la table vient de payer deux tapis avec Ax9x et ainsi faire doubler un short avec Ax9x contre JxJX en touchant son Ax au flop mais un Jx river offrant le brelan au short. L’adrénaline et la tension montent et ça se sent. L’ex leader devient short, il se retrouve alors à un stack tout juste un peu meilleur que le mien. Il boîte la main suivante quand j’ouvre à mon tour JxJx en SB. Je le vois en tilt, mais je me sens léger pour jouer mon tournoi avec ça (sachant que j’ai recave à cause d’eux en début de tournoi). J’ai 5 blinds. Si je prends le pot, je suis presque sauvé. Je regarde tous les stacks, les blinds ne sont pas loin d’arriver. J’annonce finalement tapis. Il montre AxKx et je me vois confronté à un coin flip un peu inattendu, j’espérais un AxXx inférieur au Jx ou une petite paire. Le vilain touche son Ax au flop mais encore une fois, un des deux Jx restants débarque sur le board. Son Kx river n’y changera rien. Wouaw. Ce n’est pas encore gagné mais sauf doublement des shorts les uns après les autres, l’itm se profile pour de bon. Wouaw.

Bon, les shorts doublent. Les uns après les autres. A la bulle, l’un d’eux envoie, il est payé 3 fois. Et sa paire 8x8x tient sur un board KxQxJxXxXx. Truc de malade.

Et enfin la bulle éclate. Par un short AxQx payé par KxTx qui touche le Kx. Je suis ITM ! ITM !

Epilogue.

Me voilà soulagé, mais le travail n’est pas fini. J’envoie une fois au bouton, ça fold. Puis un short passe encore un showdown et je suis désormais le méga short de la table, puisqu’il me reste 12 K en blind 8000/4000 ante 500 et utg. Une poubelle. Je fold. Big blind, une poubelle que je fold sur deux relances. Me voilà en small blind forcée à 3K complété par le bouton et checké par la BB. J’ai donc deux joueurs face à moi. Je découvre KxTx et le flop inespéré montre 7x8x9x dans cet ordre là ! Wouaw. Le croupier fait durer le suspens (comme si mes nerfs pouvaient encore l’entendre) et j’appelle dans ma tête mon valet turn précédemment salvateur et, Alleluia, il est revenu ! Ma quinte me sauve !

Deux mains plus tard, le blindeur n’aura pas ma vista et finira 6ème et premier itm. Le tournoi s’arrête là, les joueurs se congratulent en flamand, en roumain, et, puisque je suis là, en français aussi !

Bye bye Bruxelles, see you very very soon WPT, I’ll be back in july !

wptbruxelles

A posteriori…

Plusieurs enseignements sont à retenir de ce tournoi. J’ai d’abord été surpris par la fréquence des rebuy et ai vite reconsidéré la situation, la comparant alors à un tournoi online en 1+1 (sauf que là c’est 50+50). Par contre je me suis vite senti bien dans mon élément et absolument pas effrayé par le jeu lui-même, ni même par les autres joueurs. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai cédé à la recave puis à l’add-on, sachant pertinemment que j’avais une carte à jouer au freezeout (le Jx!). N’ayant jamais la sensation de ne pas être à ma place, convaincu de disposer du bagage technique suffisant, je suis simplement resté hyper concentré tout du long, avec l’approche adaptée à la situation et aux joueurs. Surpris par le fait de jouer ce tournoi, j’ai d’abord pris ce cadeau comme une première expérience qui me servira, quel qu’en soit le résultat.

On peut dire que je suis servi puisque je vais jouer dans quelques semaines mon premier WPTn… qui constituera une première expérience… qui me servira ?

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