Arpenter avec frénésie le circuit live français avec, pourquoi pas, des escales internationales, reste une quête pour beaucoup. Gilles Huet fait partie de ces joueurs qu’on peut croiser sur le circuit. Et, surtout, alors qu’il annonçait sa retraite, on constate qu’il ne décroche pas. Petit retour avec lui sur son parcours et sa façon de vivre cette passion qui nous anime.

Tu joues sur le circuit live depuis un moment, notamment en tournois. Comment as-tu vu évoluer le field ? L’émergence du poker online a-t-il influencé le jeu en live ?

J’entends dire que le poker va mal mais sur ce que je vois en live, les fields sont de plus en plus importants sur les festivals et récemment les news sur le .EU devrait donner une nouvelle stimulation au poker online.

Comment travailles-tu ton jeu ? Du volume online ? Du coaching ?

J’ai vraiment eu de la change et avec le recul je m’en aperçois davantage. Les rencontres avec différents joueurs pros ou très confirmés m’ont permis d’avancer dans un premier temps. Chaque pause j’avalais chaque coup raconté et j’analysais  par la suite à table. Les mois ont passé et me voyant stagner, j’ai pris contact avec Alexandre Reard (il devrait avoir un gros patch ce mec) avant mon départ pour Vegas afin de me faire passer un cap avant le départ chez tonton Sam. Puis la concrétisation sur le Summer Classic du Wynn. Mon travail avec Alex m’a  été d’une grande aide pour me sentir bien à table et dans mon jeu. Pour le côté online j’ai un gros soucis à ne prendre les tournois au sérieux qu’uniquement à 20 lefts et j’avoue que le online reste plus un exutoire pour moi.

Et des échanges avec une team (on le sait, tu en rêves, non ? ;))

Le sponsoring est la consécration pour plein de joueurs mais pas pour moi. Après le côté Team est plutôt sympa quand on a mon état d’esprit et je reste persuadé que cela fait encore évoluer le niveau de jeu. Il me manque toujours une bonne préparation mentale et physique que tu peux avoir dans un Team et cela est indispensable à haut niveau.

Sur l’ensemble de tes posts on ressent à quel point tu es passionné par ce jeu. Je crois bien qu’une fois tu as même dit que ce n’était pas les gains en tant qu’argent qui te portent. Saurais-tu expliquer ce qui te pousse à jouer encore et toujours ?

J’ai vraiment un décalage avec l’argent, peut-être le fait d’avoir connu la misère et de m’être construit seul en partant de rien. L’argent me motive peu aujourd’hui mais cela vient du fait que je n’en manque plus. J’apprécie ce jeu pour sa complexité, l’ambiance du live et le côté compétition des tournois, étant joueur et compétiteur dans l’âme.

Après le FPS de Deauville, tu as whine de ne pas pouvoir aller à Marrakech. Penses-tu être quelqu’un d’équilibré ?

Ah ah ah, j’adore le soleil donc Marrakech est un bon spot mais un peu trop de guêpes. j’ai toujours envie d’aller rejoindre les potos surtout. Équilibré je ne pense pas surtout avec mes heures de sommeil.

Tu étais cet été à Vegas. C’est un rêve pour de nombreux joueurs récréatifs… et notamment y gagner un tournoi régulier. De quoi s’agissait-il ? Raconte un peu.

J’avoue avoir cette chance mais paradoxalement Vegas ne me faisair pas rêver. Et pour être sincère je ne connaissais que de nom, sans liens avec le poker. Et une fois arrivé sur place pour la première fois en 2014, j’ai été bluffé par cette ville de lumières et son Rio avec ces tables à ne plus en finir. Ma belle perf c’est jouée au Wynn sur le Summer Classic 550$ avec 319 joueurs. J’ai fini par un deal en HU mais le gros souci sur ces tournois annexes est que le jeu s’arrête à la conclusion du deal.  J’ai deal les $ et le trophée est à la maison.

Par ailleurs, tu as aussi demandé sur les réseaux sociaux si tu avais le niveau pour jouer certains tournois. Souci de confiance ? Comment se situe le field des joueurs des wsop ?

Les conseils sont toujours bons à prendre et surtout, quand tu as autant de joueurs expérimentés dans tes contacts, il serait dommage de  s’en priver. Le niveau des WSOP est loin d’être énorme sur les Day1 avec tous  ces qualifiés et ces fields énormes. Cependant il faut toujours faire très attention ! Après pour les events à buy In plus élevés, le niveau est très bon.

En tant que prétendu retraité, tu te sens plus près de Fedor Holtz ou de Doyle Brunson ?

Ah ah ah, Fedor bien sur ! Moins les 23kM€ au compteur, les 23 ans et son skill. Cela fait beaucoup quand même.

Sérieusement, qu’est ce que c’est que cette histoire de retraite ?

2014/2105 j’ai baroudé un peu partout tête baissée sur les différents circuits tout en m’asphyxiant petit à petit. Le poker est un jeu psychologique et très physique avec les voyages, le temps passé à table et les nuits courtes. Je vis mes parties à 300% et j’ai tendance à éliminer énormément d’énergie. Avec la gestion de l’entreprise en semaine tout est devenu très compliqué, j’étais à la porte du burn out et je ne prenais plus de plaisir à être assis à la table. J’ai donc pris la décision de mettre un terme au poker. Le break aura duré 2 mois et l’appel de la compétition a résonné dans ma petite tête et avec l’invitation (gagné avec ma 2eme place sur la ligue Barrière poker tour) d’aller jouer le BPT de Bordeaux, je n’ai pas résisté….puis j’ai enchaîné.

retraite

Pour revenir à Vegas, tu as joué une partie du Main aux côtés de Phil Ivey. Par ailleurs, nous nous sommes croisés (il me semble) à une table du DSO de Forges en janvier 2015, Est-ce pour vivre des moments aussi intenses que tu parcours le circuit live avec autant de frénésie ?

Très grand souvenir ce Day2 du Main WSOP assis à côté de Phil et avec cette petite anecdote où il commande une bière et le serveur lui en livre deux. Il se retourne vers moi et me demande si je veux boire. Ok ok, thank you Mr Ivey avec un petit rappel pour trinquer avant de boire et immortaliser par un petit selfie. Les Wsop font rêver et te donne la possibilité de jouer à la table des meilleurs, j’ai d’ailleurs eu la chance de jouer à la table de Fedor Horlz, Justin bonomo, Davidi Kitaï, Mike MC Donald, Liv Boere, Dzmitry Urbanovich, John Juanda, Johnny Lodden  et Dominik Nitsche aussi. (ndj : et à ma table au DSO de Forges en 2015 mais visiblement ça ne l’a pas autant marqué…)

Du coup, qu’est-ce qui pourrait te faire réellement arrêter le poker ? Avoir la plus belle collection de drapeaux ?

Dans la vie tu te fixes des objectifs, des rêves que tu as envie d’atteindre. Je suis un gosse et chaque année et pour moi une course aux drapeaux et au classement GPI : 66 pour ma première année, 26 pour la seconde et bien placé encore cette année. L’objectif ultime serait une place sur la TF du Main WSOP mais chip un EPT me va bien aussi . Voire un petit bracelet tant convoité mais je reste très lucide sur les chances de l’attraper, mais cela aide à avancer.

Et si ce jour arrive vraiment,  pour préparer vraiment ta retraite, penses-tu apprendre à jouer aux dominos?

C’est une idée ! Je te ferai appel pour la formation.

dominos

Gilles vient de faire 3ème du HR du WPTn Bruxelles et s’apprête à décoller pour Malte. Les parties de domino ne sont pas pour tout de suite ! Bonne continuation Gilles et au plaisir de te croiser sur le circuit live… qui reste encore un Graal pour moi. Mais comme tu le dis, dans la vie tu te fixes des objectifs, des rêves que tu as envie d’atteindre. Alors à très bientôt !