La simplexité – Un concept applicable au poker ?

La simplexité, est un concept proposé par Alain Berthoz, ingénieur et neurophysiologiste. Si j’en ai bien compris le concept expliqué ce jour dans l’émission La tête au carré, sur France Inter, il s’agit pour le cerveau de produire aisément des réponses complexes à des situations complexes. Exemple : lorsqu’on joueur de tennis tape dans une balle qui lui arrive d’en face, il doit résoudre une situation hyper complexe: calculer la trajectoire, l’effet, la vitesse de la balle, son élasticité, l’énergie absorbée par le sol sur lequel elle rebondit, les frottements avec celui-ci, etc. et y répondre par l’élaboration d’un mouvement complexe de son bras, ses jambes, la force avec laquelle il doit frapper à son tour, l’angle de raquette en fonction de l’effet qu’il veut donner, penser à la tension de son cordage, reprendre en compte l’élasticité de la balle, mais aussi son usure sur le moment. Or, le cerveau réagit de telle sorte que le joueur va mécaniquement réaliser son mouvement, sans calculer consciemment l’ensemble des paramètres. Et heureusement ! Une proportion quasi-totale des paramètres est calculée par le cerveau. Cette capacité, c’est la simplexité. On constate d’ailleurs que lorsque le calcul est conscient, c’est le cortex préfrontal qui est actif. Mais lorsque l’action est quasi-automatique, que la réponse est évidente, alors ce sont les structures sous-corticales qui sont sollicitées (cervelet, etc.). On pourrait reprendre le même raisonnement avec le vélo : pédaler, tourner, freiner.

Si, pour un sport comme le tennis, bien d’autres critères notamment physiques entrent en jeu, ce principe peut être appliqué pour des activités plus cérébrales comme le poker. Et ça rejoint complètement (et je viens donc de le comprendre) ce dont je témoigne dans mon article sur mon week-end avec la team pro Poker & Associés : Et de ces analyses, je retiens aussi une chose qui me mettra en confiance pour la suite. Si je n’ai pas la vitesse de réflexion immédiate des regs, j’abonde très souvent dans leur sens. Leurs évidences sont pour moi l’aboutissement de réflexions assez poussées, mais je rejoins leurs conclusions ou déductions. Le fait de mettre en œuvre les parties sous corticales du cerveau pour une partie non négligeable des discussions techniques laisse de la place pour les réflexions réellement plus poussées. L’ensemble prend pour moi pas mal de temps, alors que pour les joueurs de la team, une grande part de l’échange s’appuie sur des évidences qu’ils n’ont pas à discuter mais qui, de fait, intégrera l’ensemble des données utiles à la conversation (exemple : si un carreau tombe turn alors que deux carreaux sont au flop, peut-être que l’adversaire fait flush. Oui je sais, c’est évident… et bien justement. C’est évident mais c’est une information qui existe en tant que telle. Pour vous rassurer, leurs évidences qui nécessitaient de lourdes réflexions de ma part étaient quand même un chouilla plus complexes…).

Pour résumer, l’expérience liée au volume, au travail des revues de sessions, ou simplement le fait de jouer et de réfléchir à nos mains consiste à ranger dans l’arrière du cerveau un maximum d’informations qui seront considérées comme acquises et ressortiront dans le cadre de la simplexité.

Simplexité et intuition.

Ca rejoint un peu la notion d’intuition pour les prises de décisions. Je me souviens avoir entendu Ludovic Lacay, lors d’une vidéo Winamax, évoquer en parenthèse la notion d’intuition. De mémoire aussi, on retrouve cette notion dans le livre Le mental au poker. Pour faire simple, dans un coup compliqué, on peut être tenté d’agir instinctivement. Mais, sagement, on décide de prendre du temps pour bien réfléchir à la situation. On va alors faire appel à toutes les données en notre possession, données issues de nos compétences : calcul de côte, calculs de sizing, évaluation de range adverse, détection de tells, etc. Et pourtant, on a l’intuition que la décision calculée va à l’encontre de ce qui aurait envie de faire. La sagesse va souvent nous pousser à agir en fonction de notre réflexion, à l’encontre de notre intuition. Lacay, dans la vidéo, explique que l’intuition n’est autre que la mise en exergue de l’ensemble des informations inconscientes accumulées par expérience. Notre cerveau va détecter des informations sur le moment, les assimiler à des situations déjà vécues, et proposer une solution qu’on qualifiera d’intuitive. Elle sera pourtant bien plus juste que la réflexion strictement consciente. En effet, cette dernière, en plus d’apporter, jauger et analyser des informations, tendra à écarter les informations inconscientes pour la prise de décision. La décision réfléchie sera alors moins riche en informations que la décision dite intuitive. Et si, en fait, notre cerveau n’agissait-il pas en l’occurrence en toute… simplexité ? A en croire Alain Berthoz, il ne s’agit pas là d’intuition, mais de simplexité, l’intuition consistant à accepter une part d’inconnu dans la prise de décision, et non la part acquise de l’expérience.

Comment prendre la décision optimale ?

De là à dire qu’il faut suivre son insctinct et prendre des décisions intuitive… n’exagérons rien. Le grand défi du joueur de poker consisterait donc à laisser consciemment s’exprimer la simplexité de son cerveau d’une part, et l’y intégrer les originalités des informations du moment pour une prise de décision optimale : une part importante de simplexité adaptée à la situation consciente du moment. Mais comment doser tout ça ?

PNL et Hypnose sont des axes de développement du coaching sportif, et on voit ces méthodes se développer aussi dans le poker. Ce sont des axes de développement personnel qui dépassent le cadre du jeu à proprement parler (comme la simplexité d’ailleurs). Mais les connaître, ou tu du moins les aborder, peut conduire à prendre de la hauteur sur son propre comportement dans les prises de décision, et mieux appréhender et contextualiser les situations de jeu, et de je. Dans le poker comme en dehors.

Le cerveau recèle bien des mystères, et tenter d’en maîtriser (ou tout du moins d’en connaître) les aspects actifs lors d’une partie de poker me semble particulièrement intéressant et je compte axer une partie de mes lectures et réflexions prochaines en ce sens, au delà du travail d’accumulation d’expérience expliqué plus haut.

En espérant, restons pragmatique, en tirer le meilleur profit possible.

novembre 12, 2016