Après le week-end que je viens de passer, il est temps de faire un point sur mon arrivée au Trégor Poker Club.

La première soirée, j’ai choisi d’observer. J’ai payé large pour jouer du jeton, apprendre de certains joueurs, tenter des choses, m’imprégner. Le second soir, c’était du sit n go. J’adore ça. Je finis 2nd sur 10 en sortant sur un tapis préflop à stacks équivalents avec QxQx contre 6x6x et 6x river contre un joueur qui a eu 4 fois AxAx, et plusieurs autres premium. Pour ma troisième sortie, je fais 3ème sur le multi-tables. Mais de manière un peu miraculeuse grâce à un double-up en payant un troisième tapis du joueur à ma droite avec KxJx. Il découvre AxJx et je touche Kx. Une troisième place un peu heureuse donc.
Avec ces deux soirées, je construis une image de bon joueur que je ressens comme un peu galvaudée.

Retour aux sources – Direction Brest

Rapidement m’inscrire au Tregor Poker Club m’a permis de participer, deux semaines seulement après mon arrivée en Bretagne, au tournoi Deepstack du Holdem Poker Brest dont le détail est ici.

Quand je prends ma voiture ce samedi matin, direction Brest, ville de ma naissance, je pars avec deux objectifs en un : ne pas être ridicule vis à vis de mon nouveau club, et passer le Day 1, pour faire aussi bien qu’à Amneville.

En chemin, je me dis que je vais appliquer tout ce que je bosse assez assidûment en ce moment à savoir le small ball. Mais un désert total de cartes me contraint à resserrer mon jeu et être très sérieux. Je passe beaucoup de temps à observer et décide finalement de jouer non pas les cartes, mais les joueurs. En début de tournoi, au niveau deux ou trois, je vois 8x8x. Je relance 2.5 blinds en milieu de paroles, et je suis suivi une fois. Le flop ouvre AxAxTx. Je décide de miser un petit tiers du pot pour etre payé, je me sens bien. La turn offre un 8x donc un full. Sauf doublette river, je suis bien. Je décide de valoriser un max en espérant ni doublette, ni couleur fort peu probable. La river donne une carte suffisamment insignifiante pour que je ne m’en souvienne plus. Je valorise encore en espérant bien que mon adversaire et ami de club dispose bien d’un bel As bien accompagné, puisque que les cartes qui ne m’intéressent pas au bord sont très petites. Je me dis que s’il a une paire de dix, il aurait sûrement relancé préflop. Il paye et mon full tient devant ce qu’il m’avouera être un A bien accompagné.
Je passe alors à 26000 jetons mais je perds peu après ce bénéfice avec un 4-bet préflop avec 9x9x puis un gros bluff que je sens sur un flop pauvre arc-en-ciel mais contenant un Jx. Je le sens sur une petite paire, peut-être TxTx à la limite puisqu’il mise au flop sur le J en tremblant. Ou alors un AxTx. Soit je folde, soit je le boîte. Et quelle que soit sa main, surtout si j’ai bien lu sa petite paire, il paiera et, pire, touchera. Je décide de folder, d’accepter la perte de 6000, de voir son 6x6x qu’il montre fièrement, et d’attendre le bon moment pour le piéger. Quelqu’un d’autre s’en chargera, m’enlevant ce petit plaisir.

D’autres heures passent dans un désert total. Je mets à profit ce temps de folds systématiques pour observer scrupuleusement mes adversaires sur une nouvelle table : les mimiques dans les folds, j’essaie de retenir toutes les mains vues et les manières de les jouer, et, surtout quelles relances je pourrai boiter préflop pour monter rapidement du jeton.

Je deviens peu à peu assez short en l’attente de spot ou de belles cartes. Disposant de pas mal d’informations sur les autres joueurs, je décide d’attaquer. Je passe ainsi trois squeezes soit sur des limps, soit sur des minraises suivies une ou deux fois. Mes choix de tapis dépendant des personnes dans le coup. Ca a toujours foldé, comme je le souhaitais (par décence, je n’annoncerai pas ici mes mains d’attaque). Alors que je monte ainsi à 30000 jetons et toujours assez loin du tapis moyen, j’ouvre enfin les As ! Je vois la fille au bouton regarder son jeu et me fixer au moment où c’est à moi de regarder mon jeu. J’hésite un peu en acting et je relance. Je ne me souviens plus du déroulement préflop mais on se retrouve à tapis et mes AxAx tiennent contre JxJx. Je passe à 60000.

Risquer le tournoi sur un move…

Je change de table à regret pour une grosse demi-heure restante avant le Day 2. A ma gauche, une joueuse à 165000. Alors que je suis Big Blind, elle veut payer UTG. Mais sans l’annoncer, elle pousse trop de jetons. Elle est donc contrainte, après appel au floor, de miser deux fois la grosse blind. Je n’ai aucune info sur elle mais je constate que tout le monde passe. J’ouvre… une main respectable. Je compte les jetons, et je vois que si je boite et qu’elle passe, j’atteins exactement le tapis moyen pour entamer le Day2. Si elle paye je peux raisonnablement doubler et partir au Day 2 avec un gros stack et jouer vraiment enfin. Et si je perds… je reviens pour faire le side. Perdre le coup là, je maintiens mes 50000 et quelques et reste assez short, pour repartir sur une nouvelle journée galère. Je décide de faire tapis de peur de ne pas toucher au flop et d’être coincé. Je la vois soit sur une petite paire, soit sur un As moyen. Elle devra donc envisager de payer 40% de son tapis sur, au mieux, un coin flip. Elle hésite longuement et passe. Elle avouera le lendemain matin 7x7x.

Je conclus donc cette journée avec un full heureux contre un brelan d’As, un bluff lu mais pas attaqué, des squizz bien passés, une paire d’As non craquée et un dernier move qui passe bien aussi. Je suis content, je vais démarrer le Day 2 avec un peu plus de latitude qu’à Amnéville, disposant exactement du tapis moyen : 74400 et une cinquantaine de joueurs restants…

Day 2. Sur une autre planète.

Sur la route du Day 2, je traverse de nombreux grains. Prémonitoire. Pour résumer seulement, avant la table finale, faute de jeu, j’apprends, j’observe, j’ouvre parfois, un ou deux continuation bet, ça passe correctement. Je reste sous le tapis moyen.
Short, à trois reprises, je boite Ax9x dont deux fois Ad9d qui va commencer à me plaire sérieusement. Le premier Ad9d me permet de craquer un AxJx en touchant le 9… comme à Amnéville lors de ma première main du Day 2. C’est ainsi que j’ai passé 4 Ax9x dont deux fois payé par le chip leader qui me paye avec KxQx et Kx7x et me permet d’atteindre la table finale avec confort.

En Table finale, les blinds sont assez énormes et dépassent les stacks de départ, ça fait drôle… Pas grand chose à signaler sinon que j’observe, je connais la moitié des joueurs et j’apprends l’autre moitié en observant. Des relances pour maintenir un stack me permettant de voir venir. On est en configuration SnGo, et j’adore ça. Je les laisse se déglinguer.

Le coup du croupier.

J’ouvre KxKx. Je réfléchis, et j’annonce tapis en premier de parole. Mon voisin de droite annonce tapis pour m’isoler. J’en suis ravi. Ca passe partout. Il montre AdTd. Je suis un peu surpris de son call, mais bon. Il avait vu tous mes Ax9x passer et se sentait peut-être inconsciemment devant. J’avais d’ailleurs dit que maintenant j’attendais les Ax9x pour boiter…. Après le tournoi il m’a dit ne pas trop savoir pourquoi il avait payé avec autant de monde derrière. Et là, le croupier dévoile deux Carreaux au flop ainsi que le 8s, le floor qui s’est fait commentateur micro annonce le tirage couleur… que le croupier offre avec le 8d. Je restitue la logique, sans certitude totale du flop et de la turn sauf sur la couleur…
Mon voisin exulte. Je reste étonnamment serein, comme sûr de moi. Comme à chaque abattage, je me sais gagnant. Dans une sorte de feeling irrationnel qui me porte depuis la veille.
Et là, le croupier contractuellement stoïque annonce : 8 de trèfle qui donne full !!. Le croupier c’est Jeff, de mon club. C’est un excellent croupier.

J’élimine le quatrième en risquant de payer son tapis avec KxTx car je le sens, je le sais, en bluff de survie. Il montre 9x5x et, comme par évidence, je tiens et je le sors.

Le Chip leader sort le 3ème et me voilà en Head’s Up.

Head’s Up final fatal.

Je démarre avec six fois moins de jetons. Je dois doubler deux fois. Rapidement je double grâce à un AxKx contre Ax6x. Et je prends conscience de l’enjeu. Je deviens fébrile pour la première fois du tournoi. Je suis là, je débarque à peine en Bretagne et me voilà en HU d’un tournoi avec un package pour Dublin à la clé. Que je ne pense d’ailleurs pas mériter. Comme un imposteur. Un peu la sensation que j’ai depuis que je suis le dernier représentant du club. Alors, voulant vite doubler à nouveau et passer en tête, je précipite une boîte au bouton avec Jx9x alors que doubler m’a permis d’avoir un peu de fold equity. Au moment ou j’annonce tapis, pour la première fois je me dis… et merde. Je suis payé suite à un tell de fébrilité par un As qui tient… et le tournoi se finit ainsi.

Et pour finir.

Pour finir, je dois faire part de ma grande émotion d’avoir reçu autant de soutien des membres de la Team du Trégor dont certains sont restés jusqu’au bout pour m’encourager, applaudir mes pots gagnants, me soutenir du regard, tout au long d’un tournoi ou j’ai eu très peu (quatre premium seulement) de jeu mais de très bons spots.

J’ai aussi été encouragé à distance via les réseaux sociaux par des amis, de la famille, une personne particulière qui se reconnaîtra, et plusieurs membres de la Pokerteam 510 qui je ne peux que remercier une énième fois.

Avant d’arriver à Lannion, je craignais de louper mon intégration au club. Mes premières performances (qui restent un rush, il faut l’avouer) aident, certes, ou du moins accélèrent les choses. Mais je constate que l’accueil et le soutien reçus sont à la hauteur de la fidélité des encouragements de mon ancienne équipe, où j’ai tout appris (de ce que je sais) du jeu en live.

Tout cela me ravit, me prouve que j’ai bien raison de bosser mon poker assez intensément pour toujours améliorer. Le contexte est là. Durablement. Et merci aux organisateurs du tournoi bien sûr, parce que comme on dit, sans eux… il n’y a rien.

Post Scriptum.

J’ai raté le package pour Dublin, je dois redescendre de mon nuage. Mais vous me verrez souvent en tournoi sur la région car je compte bien y rester un bon moment. Alors en attendant de faire fortune au poker en terre bretonne, je dois quand même rester pragmatique : je cherche urgemment du travail, et voici mon cv…. Oui, je finis ce billet un peu comme mon HU : en queue de poisson.

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